Le journal de Sylvian Coudène.
Humeurs, humours, musiques, cinéma, et autres libertés provisoires.
"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)

vendredi 21 mai 2010

"Robin des bois" : parcours fléché

La première séance de l'après-midi au Max Linder quand les premiers rayons de soleil réellement chauds remplissent les terrasses des "grands boulevards" relève d'un rite pratiqué en catimini par quelques irréductibles fidèles.
On est peut-être une vingtaine en comptant large à se retrouver en connaisseurs devant le très grand écran, dans la salle pour le coup vraiment obscure car tapissée de noir pour que rien ne vienne dérouter l'attention du spectateur.
Assis en mezzanine dans le fauteuil le plus fatigué, celui qui est exactement dans l'axe central de la toile immaculée (argentée maintenant pour les projections numériques), jambes sur le parapet, on a l'impression quasi mystique d'avoir un spectacle à soi réservé.
Est-il jamais arrivé de trouver un film "mauvais" dans cette salle particulière où le spectacle cinématographique prend un relief spécifique ?
Tiens, pense-t-on, on a dû changer les "bécanes" ; parce que les images n'ont jamais été aussi nettes et la luminosité aussi vive sur les dizaines de mètres carrés où elles se déroulent.


Ridley Scott est l'un des maîtres du cinéma "d'action" destiné au grand public : maniement de foules, scènes de batailles, utilisation du son surround, on est sûr avec lui de ne pas s'ennuyer, de s'oublier ; on est "au spectacle" ; et ça, c'est déjà bien.
Hormis son inoubliable "Thelma et Louise" ou, plus récemment, un "American gangster" d'excellente tenue, son cinéma n'est jamais "prise de tête" ; on le suit volontiers sur ce chemin balisé car, comme on dit, il sait "faire" là où d'autres échouent (tiens, son frangin Tony par exemple) à nous accaparer deux heures durant.
Son "Robin Hood" est, comme prévu, bien différent de celui de Michaël Curtiz avec l'époustouflant Errol Flynn en héros virevoltant vêtu d'un vert magnifié par le Technicolor d'époque* ; d'autant que Scott s'attache à la genèse de la légende de celui qui "prenait aux riches pour donner aux pauvres".
Scott en fait une personnalité qu'un concours de circonstances amène à se dépasser pour combattre l'injustice et la félonie, le rend plus proche de nous, plus "moderne", plus "de gauche".
Pas d'erreur grossière dans ce parcours filmique, si ce n'est le presque-slow dansé par Russel Crowe (Robin) et Lady Marianne (Cate Blanchett, sublime, forcément sublime !) sur un "tube" récent qui sent bon... l'Ecosse.

Le hic, et de taille, dans tout ça, c'est qu'on a l'impression que les héros de Gladiator (également signé Scott) sont allés se changer au dressing pour passer de l'empire romain à l'Angleterre du 12ème siècle.
Sans doute parce que notre Robin a plus d'un point commun avec Massimus et que, de surcroît, il est interprété par le même (formidable) acteur, le film sent sa resucée à pleines narines : même conduite narrative, même première bataille à 2 minutes 15 du début, même relation difficile avec la dame de ses pensées, conclue en une fin très hollywoodienne par une énorme "pelle" en mode "mangez-moi"...
Quelques savants ralentis, la campagne verdoyante vue, en accélérée, elle, d'avion et l'on retrouve la "patte-Scott" dont on ne saurait dire s'il s'agit d'un véritable style.
Ce cinéma-là est conçu pour être "bluffant" et y parvient si l'on est d'humeur complaisante comme je le suis (trop?) souvent dans ce cadre précis, ayant, à la sortie, le sentiment de "m'être fait avoir" dans le bon sens de l'expression, d'avoir passé un bon moment que j'oublierai dès la prochaine vraie "claque" cinématographique.

Olivia de Havilland dans le film de M.Curtiz (1938)

Il se trouve que quelques heures après, TCM (chaîne excellente si l'on met les lettres dans cet ordre), me permettait, grâce à son astucieux concept de "films à la demande" de revoir le Robin de Michaël Curtiz et confirmait que toute comparaison entre les deux films serait tout à fait vaine.
Si ce n'est que, malgré leurs différences, Errol Flynn et Russel Crowe sont de sacrés bons acteurs.
Et que Cate Blanchett, des deux Marianne, creuse l'écart à son profit : elle vaut, à elle seule, le déplacement.
N'en déplaise aux nostalgiques, Cate = 3, Olivia (de Havilland) = 1.
C'est dit.

Cate Blanchett chez Ridley Scott : sublime.

* Robin de Locksley a fait l'objet de plusieurs films : on passera sur celui où il est interprété par un Kevin Costner insipide et sur l'un des plus mauvais Disney.
Si on veut du "psychologique", on pourra s'intéresser, en baillant quelquefois, à "La rose et la flèche" de Richard Lester (1976) avec Audrey Hepburn (aaaaaaaaaaah !) et Sean Connery (aaaaaaah aussi !) où l'on retrouve nos personnages bien des années après au crépuscule de la vie ; bien vu.
Audrey et Sean : les héros sont fatigués.

Enfin, il y eut cette série britannique que je regardais enfant sur notre télé en noir et blanc.
Finalement, c'est peut-être ce Robin-là (Richard Greene, obscur comédien anglais) que je garde au cœur :

Sans doute pas le meilleur Robin, mais sacré souvenir d'enfance.


3 commentaires:

loumimily a dit…

Quelle est donc cette fameuse chanson slow écossaise? Elle me rappelle un air, mais impossible à trouver... Aidez moi!

Silvano a dit…

Totalement oublié.
Comme le film, d'ailleurs.
Désolé.

blacksad a dit…

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