Le journal de Sylvian Coudène.
Humeurs, humours, musiques, cinéma, et autres libertés provisoires.
"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)

lundi 9 mai 2011

Sentiers pas balisés

Si le cinéma italien et Hollywood ont su explorer l'histoire récente de leurs pays respectifs, si, par exemple, les américains ont su regarder en face, pour le grand écran, leurs actes les plus honteux -d'Apocalypse Now à Platoon en passant par La ligne rouge-, notre ciné hexagonal a trop peu souvent disséqué les tares de notre histoire à quelques exceptions près comme, assez récemment, "L'ennemi intime" de F.E. Siri qui tente, avec une certaine réussite, de nous placer au coeur de cette guerre d'indépendance que l'on appela hypocritement à l'époque "évènements d'Algérie".
Il a fallu que ce soit Hollywood, en 1957, qui traite du cas de ces malheureux "fusillés pour l'exemple" de la "grande guerre", mis à mort sur ordre de ganaches incompétentes après un simulacre de procès.
"Les sentiers de la gloire" de Stanley Kubrick -décidément, c'est sa période !- aborde le sujet de front (sans jeu de mots) et examine au scalpel cet exemple frappant d'iniquité qui laisse une tache indélébile sur le drapeau français*.
Le visionnant une nouvelle fois ("nouvelle" avec Kubrick veut toujours dire "neuve") hier soir, j'étais frappé par le traitement cinématographique de ce thème, le jeu de ces acteurs US plus "français que nature" emmenés par un Kirk Douglas époustouflant de justesse (revoyez donc "Spartacus", "Les ensorcelés" ou ce western magique "The indian fighter" baptisé connement chez nous "La rivière de nos amours", et ta soeur ?).
La splendeur rigoureuse de la photo en noir et blanc, le montage serré (le film dur 88 essentielles minutes) et la maîtrise de la mise en scène font que le film n'a pas pris une ride, préfigurant, dans la manière de regarder les soldats au front l'autre chef-d'oeuvre du regretté Stanley, "Full Metal Jacket" produit trente ans après.
Réalisé en 57; le film ne sortit en France qu'en 1975 (je courus le voir, je m'en souviens !).
Bizarre, non ?

Le Colonel Dax (Kirk Douglas souverain)

Arrivée des accusés "présumés coupables" à la cour martiale.

La différence entre le DVD et le Blu-ray saute aux yeux !

DVD

BD
Mais Kubrick tenait à ses formats : il n'aurait pas avalisé ce recadrage.

* La littérature, elle, fut plus prolixe : on lira ou relira l'excellent "Un long dimanche de fiançailles" de Sébastien Japrisot dont l'adaptation cinématographique par Jean-Pierre Jeunet ne rend pas la bouleversante densité.

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